Le dernier mot-Gisèle Fournier

J’ai reçu ce livre grâce à « tu lis quoi » qui en a fait un livre en fuite.

Le dernier mot - Gisèle Fournier

 

Le dernier mot, celui qu’on voudrait connaître, celui qui donne la clè du mystère.

Le dernier mot  comme, peut-être,  ce cahier (qui constitue la première partie du livre) d’une mère retrouvé par sa fille.

Un « dernier » témoignage de ce qu’a été sa vie, une vie qu’elle raconte avec beaucoup de distance (« elle »), ou avec plus de proximité (« tu », « je »).

Une vie  qui par moment peut faire croire qu’elle est démente. Une vie marquée par des quêtes obsessionnelles (le plafond), la mort / le meurtre de son mari.

 

De toute façon, c’était un accident. Un accident. Tous l’ont dit. D’ailleurs, après l’autopsie, ils m’ont à peine interrogée. Je me souviens de ces deux types qui notaient mes réponses sur un
carnet, et le grand, mince, qui était allé plusieurs fois sur la terrasse, évaluant la distance qui la séparait du sol, examinant la balustrade, scrutant chaque recoin. S’ils avaient eu le
moindre doute, ils m’auraient convoquée. 

Une vie qui semble tournée en en rond, dans une ronde de plus en plus frénétique est lointaine. Une vie dont le centre semble être comme un vide intérieur, un « espace intérieur neutre »,
un néant profond où se glissent parfois des accès d’angoisse qui modifient la réalité. Une grossesse non épanouie, une dépression du post-partum … un lien mère/fille fusionnel à l’extrême.

On ta éloignée de moi pendant quelques jours, arguant du fait que j’étais malade, que je pouvais te transmettre mes microbes. On a attendu que je te réclame pour te rendre à moi. Ils avaient
surement peur que je ne t’étouffe, ne t’étrangle, ne te jette par terre, ou ne te balance par la fenêtre, toutes ces idées qui me sont vaguement passées par la tête.

 

Chaque événement de la vie semble être douleur pour cette femme meurtrie qui se noie de plus en plus dans sa dépression et où au final, seul l’alcool devient l’objet réconfortant.

Puis, en contre-miroir, dans la deuxième partie du roman, l’expression du point de vue de la fille : sa douleur, son impuissance d’être la fille d’une mère « comme ça », sa rancoeur, ses peines.

En parcourant ces feuilles, je retrouve cêt être possessif, malfaisant, probablement écorche par la vie-mais les blessures, les meurtrissures n’excusent rien- et en même temps, j eme heurte à
une inconnue.

 

Tu as voulu faire de moi une partie de toi, une extension de toi, ainsi je ne te menacerais pas, nuls désirs, nuls sentiments autonomes, ce qui t’importait, c’était juste ton emprise sur
moi.

 

Tu m’asphyxiais. Tu m’empêchais de vivre. C’est toi que je vomissais.

 

Gisèle Fournier décrit avec beaucoup de profondeur l’errance de cette femme perdue , puis la douleur  et l’impuissance de la fille. J’ai eu un peu de mal à entrer dans le début du
roman (accepter la façon de penser de cette femme en mal d’être) puis je me suis laissée prendre.

Des phrases courtes ponctuent le déroulement de la première partie, comme des refrains à cette solitude :  « Je perds pieds. Je sais. « , « Tu t’enfonces. Tu
divagues. »

Un livre dur, avec des émotions tout aussi lourdes. Un livre précis aussi. J’ai été plus sensible à la deuxième partie (celle de la fille) où les émotions étaient moins tourmentées et
donc plus accessibles.

 

« Tu lis Quoi » fait le lien avec « Personne  » de G. Aubry, que nous avons toutes deux lu.

Sans doute « Personne » m’a semblé plus dur sur le plan des émotions (j’ai vraiment vécu ce livre comme une « plaie ouverte ») alors qu’ici je me suis sentie plus à distance. Pour autant les
blessures racontées sont parfois proches, et le rapport mère/fille douloureux est extrémement bien décrit dans ce roman.

Je conseillerai sans doute de lire les deux, comme deux éclairages différents sur les difficultés rencontrées par les proches de personnes dites « folles ».

Merci beaucoup « tu lis quoi » pour ce moment de lecture.


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2 commentaires pour Le dernier mot-Gisèle Fournier

  1. Tulisquoi dit :

    Je pense que tu as certainement mieux compris ce livre que moi… Je suis restée encore plus détachée que toi de cette histoire mais j’ai par contre été plus marquée par la mère que par la fille.

    Mais oui, je pense que lire Personne et Le dernier mot permet d’avoir un éclairage différent sur la folie. Mais peut-être pas à la suite, car on risque de ne pas en sortir en
    très grand forme !

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