Kirghizistan

En vacances, les gens cherchent toujours l’exotisme.

Mais, l’exotisme a une définition bien individuelle. Pour certains, c’est l’exotisme
« exotique »
au sens cocotiers, plage et serviette à volonté. Pour d’autres, l’exotisme est « culturel » : musées et
appareil photo autour du cou.
Pour moi, l’exotisme n’a de sens que s’il est
solitaire
. Pour organiser un voyage exotique « solitaire », quelques règles s’imposent.

Tout d’abord, fuir les guides et agences de voyage en tout genre et prendre une carte du monde…Ensuite, il faut repérer un lieu dont
vous n’avez jamais entendu parler… Puis, vérifier l’absence de taux de fécondité au plafond, ou du moins le peu de population.

Enfin, effectuer quelques recherches pour vérifier que la nature s’offre à vous …Le
Kirghizistan
 ; voilà l’endroit rêvé  pour moi : cinq  millions d’habitants, cinq millions
de chevaux et 56 000 km².

 

L’avion est trouvé, le départ est programmé : à moi le Kirghizistan avec un sac à dos et cent mots de russes pour tout langage.
Durant le vol, la sympathie des voyageurs me permet de transformer ces cent mots russes en cent mots kirghizes,  ce qui est pour moi un précieux trésor.

 

Avec ce genre de voyage, exotique solitaire, il faut s’attendre à tout. A un avion qui amorce son atterrissage vers
une piste que du hublot je ne vois pas. Les sympathiques voyageurs me rassurent : « y’a pas d’électricité ». En fait, à l’aéroport, il n’y a pas de taxi, pas de bus, pas d’hôtel
non plus. Il me  faut marcher quarante kilomètres sur une route – nul besoin de le préciser, pas éclairée- pour atteindre une ville… Lorsque je vois
une voiture, je tente ma chance, sourire aux lèvres et pouce en l’air : elle s’arrête, victoire ! C’est arrivé en ville, que je donne sa vraie valeur miraculeuse à cet événement : de
voiture il n’y en a pas … c’est à dos de cheval que chacun se déplace.

 

Dans ce genre de voyage, il faut être prêt à faire des rencontres, n’importe où et n’importe quand. Par exemple,
cette voiture qui s’arrête, c’est celle du ministre de la culture du pays. Déjà il veut que je reste pour travailler dans son pays. Professeur de dessin ! Pourquoi pas … 

Cette femme de la montagne … qui travaille pour rechercher les troupeaux de chevaux sauvages… Allez dire que ce n’est pas un métier
puisque c’est le sien. Il parait même que pour approcher ces bêtes, elle doit se faire passer pour un cheval … je l’imagine galopant dans les herbus, quel
spectacle ! 
 

Le lieu où l’on rencontre le plus de monde c’est sans doute les toilettes ou ce qui sert de toilettes : le sol. Nos amis
kirghizes n’ont pas  l’âme de réparateur. Si c’est bouché, c’est bouché. Alors, on va dehors avec de quoi se rincer. Quand on est voyageur et qu’on a
la digestion difficile, on en fait des rencontres !

 

Passons, dans les pays exotiques solitaires, il y a des paysages, ailleurs aussi me direz vous. Oui mais ici c’est à
dos de cheval que l’on se balade à travers forêt, montagnes, plaines infinies… Magique.

 

Dans les pays exotiques solitaires, on peut dormir à la belle étoile ou trouver un loup mort devant sa tente puis se rendre compte
qu’on l’a échappée de peu… ce qui donne encore plus envie de profiter de la vie !

 

Dans ce genre de pays,  il faut s’accrocher à ses émotions, les dépasser
aussi. Vaincre la peur de l’autre quand on apprend que cette tâche au sol c’est bien du sang. De policier vous dit-on …

 

Alors vous faites confiance. Tout d’abord aux hommes, même s’ils n’ont de guide que le titre et sont en fait des
artistes admirant Van Gogh ou des chefs d’équipe de chasseurs  aux noms mystérieux de Marco Polo. Vous faites aussi confiance aux animaux. Un bon cheval que le mien, me dit-on. Il part au
galop sur une plaine de plusieurs kilomètres. Une course folle, tête en l’air, car ce cheval n’a pas l’intention que je l’arrête. Il veut me faire goûter la liberté… Oui, mais s’il bute contre
une ornière… la chute, euh… je n’ai pas vu d’hôpitaux. Vite, s’enlever ces idées de la tête et faire confiance…

 

Dans ces pays, ce qui vous parait exotique ne l’est pas pour d’autres. Tous s’étonnent lorsque je photographie le loup … Un loup,
c’est un loup. On purifie son âme avant de l’enterrer et moi, je participe, je creuse le trou où l’on déposera la bête.

 

Dans les pays exotiques solitaires, y’a des choses qui ne se disent pas : des gens pauvres, des usines
désaffectées et des chinois qui enrichissent un gouvernement mafieux face auquel  le peuple se révolte bien occasionnellement.

 

Dans les pays exotiques solitaires, y’a pas de touriste ou presque mais ceux qui y vont ont dans les yeux des rêves, des rires, des
peurs… et une fois revenus, ils veulent poursuivre se rêve en y retournant.

 

 

ps : ceci est un petit texte issu de l’atelier d’écriture, d’après la vraie histoire de quelqu’un qui est vraiment aller au Kirghizistan.

ps 2 : de belles photos du pays en question
ICI
 ou LA, ça vaut vraiment le coup de regarder !

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4 commentaires pour Kirghizistan

  1. Gondolfo dit :

    interesting indeed 🙂

  2. bzzz dit :

    Pas besoin de partir en vacances. Tu vis dans un endroit exotique puisque solitaire: ton bureau!??? Personne ne sait où il se situe, il ne passe quasiment jamais personne, un décor épuré… Le lieu idéal de villégiature par excellence!??

  3. keisha dit :

    D’accord avec le fait que voyager seul (ou presque) permet de meilleures rencontres. j’espère le faire dans un coin d’Afrique…Euh je te signale que l’aéroport est ultra moderne et que les WC hors capitale et grands hotels ne peuvent se boucher puisque c’est un trou entre deux planches, à la turque, comme en France il y a quelque temps.E tout cas les paysages sont à couper le souffle (j’ai regardé sur tes liens) et je te conseille d’y aller, si tu veux y aller en tout petit groupe d’amis, j’ai un contact mail …Pour terminer : le kirghize est une langue turque, donc tu peux tenter cette langue!bravo pour ton texte plein de souffle!

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